((/public/images/brachet/.nicolas_portrait1_t.jpg|nicolas_portrait1.jpg|L))Né en 1976, Nicolas Brachet a travaillé pendant plusieurs années comme ingénieur dans une grosse entreprise. Il réalise actuellement un album qui va paraître chez Emmanuel Proust sur un scénario de Jean-Blaise Djian.
Portrait de cet « ancien » de l’Atelierbd qui n’a pas eu peur de monter sur le ring pour raconter l’histoire du boxeur Michel Papazian… Tu travailles actuellement sur une bd à paraître chez Emmanuel Proust : peux-tu nous présenter ce projet ? Ce livre, qui s’intitulera « 199 combats » et qui devrait paraître à l’automne, raconte la vie de Michel Papazian, un boxeur franco-arménien méconnu qui a fait une brillante carrière sur les rings en URSS dans les années 50-60, puis qui a été un entraîneur émérite, en URSS et en France. Michel Papazian est aussi un personnage haut en couleurs, au coeur « gros comme ça », et au destin frappant et mouvementé. Il a maintenant 74 ans et habite à Paris. C’est là que le scénariste du projet, Jean-Blaise Djian, l’a rencontré. J’aurai aimé voir la tête de Jean-Blaise lorsque Michel lui a retracé sa vie : il a dû ouvrir des yeux ronds comme des soucoupes ! Le matériau était passionnant, il fallait absolument en faire quelque chose. Jean-Blaise a donc écrit un premier jet de scénario, et un peu plus tard je suis entré dans le projet par l’entremise d’Emmanuel Proust, qui avait déjà vu certains de mes dessins. !!Qu’est-ce qui t’a motivé à travailler sur cette histoire ? En premier lieu, la perspective de raconter un destin. Mais aussi la dramaturgie et l’âpreté que véhicule l’univers de la boxe : le ring est un lieu spécial, une sorte de révélateur. J’ai beaucoup de respect pour le courage de ces hommes qui « passent les cordes ». Enfin, je dois dire que la rencontre avec Michel Papazian a été décisive : c’est un grand monsieur (même s’il était poids léger !), et je suis heureux de pouvoir participer à une mise en lumière de sa vie. !!Comment travailles-tu avec le scénariste et l’éditeur ? Ici le travail part du scénario de Jean-Blaise Djian, qui est un scénario paginé et déjà découpé. Je me base donc sur ce premier découpage écrit pour construire la narration graphique. Très souvent j’aménage un peu ce premier découpage pour y introduire ma propre sensibilité narrative. Jean-Blaise me laisse tout à fait libre de procéder à mes retouches et propositions, et j’apprécie beaucoup cela. Cette étape du découpage graphique (agencement des rythmes, de la page et des images, des textes, des cadres, des plans, des masses, des lumières etc.) est en effet une partie passionnante, où peut s’épanouir (dans l’idéal) un travail d’auteur spécifique au medium. Une fois mes « roughs » donc réalisés, je les fais lire au scénariste et à l’éditeur, qui me font d’éventuels commentaires. Puis, en ayant pris en compte ces commentaires, je fais les pages finalisées. L’ambiance de travail est constructive, et je sens une volonté de porter ensemble cette histoire. J’espère que ce sera un bon livre, en tout cas on fait de notre mieux ! La réponse cet automne, dans les bacs… !!Tu as suivi la formation à l’Atelierbd entre 2002 et 2005 (corrige-moi si je me trompe !) : que retiens-tu de cette formation ? Comment évalues-tu le chemin parcouru ? Tu as tout bon pour les dates
. En 2002 la structure était toute récente mais le principal était déjà en place : une pédagogie réfléchie, des intervenants issus du métier, un espace d’échange entre étudiants (et intervenants) rendant possible une certaine émulation. La flexibilité de l’enseignement à distance me convenait particulièrement, ayant à l’époque un autre métier qui remplissait déjà mes journées. La possibilité de voir les travaux des autres, de découvrir ces approches et ces sensibilités différentes, et surtout de s’y confronter par la critique (je parle de véritable critique, celle qui fait avancer ton propre regard), cela a été en particulier très formateur. Objectivement, le chemin parcouru à l’Atelier a été pour moi fondamental. C’est un amateur sans réel recul critique sur sa production qui s’inscrivait. Trois années plus tard, je partais avec sous le bras un projet de bd de qualité presque professionnelle, et surtout une certaine autonomie, cruciale pour continuer le travail. !!Envisageais-tu dès le départ de publier, de devenir dessinateur professionnel ? Oui et non. Disons qu’au départ, je ressentais l’envie d’un à-côté substantiel vis-à-vis de mon métier d’alors, j’avais envie de me confronter à quelque chose plus en rapport à l’artistique. La bande-dessinée m’ayant toujours intéressé, et étant donné que je gribouillais déjà un peu, je me suis naturellement tourné vers l’Atelierbd. De plus j’avais commencé à écrire un projet de bd avec un ami, et j’étais avide de retours. Cependant à l’époque de mon inscription, l’idée d’une éventuelle publication était très floue, cela relevait plus du « on sait jamais » que d’un réel projet professionnel. C’est par la suite, et avec le travail, que l’idée est devenue plus présente à mon esprit. J’ai alors décidé de m’en donner les moyens, en me libérant du temps (je suis passé à temps partiel dans mon boulot), temps consacré à plus d’investissement dans l’apprentissage. En vue donc d’une possible professionnalisation. Evidemment je n’étais pas du tout sûr que cela marcherait, mais à partir de ce moment je n’étais plus dans la velléité. Et la suite s’est plutôt bien passée… !!Sur quel(s) autre(s) projet(s) travailles-tu actuellement ? Y a-t-il des thèmes, des genres, que tu souhaites particulièrement aborder pour la suite ? En ce moment je ne travaille pas sur d’autres projets éditoriaux, car terminer l’actuel me prend quasiment tout mon temps ! Il m’est arrivé tout de même ces derniers mois de faire quelques illustrations par-ci par-là, ou de participer à un fanzine. Depuis l’été dernier également, j’alimente (de manière irrégulière il faut le dire) un blog dessiné, « Précipités » (http://nicobrak.free.fr/blog), qui est pour moi un espace de récréation et de modeste expérimentation. Pour la suite, ma foi j’ai beaucoup d’envies, toutes assez différentes ! Il faut dire que j’écris également des histoires, et que prendre les rênes complètement (du scénario et du dessin) sur de futurs projets fait partie de mes intentions depuis le début. S’il faut évoquer des « genres », la palette est large, du drame psychologique au conte fantastique, en passant par la road-story. En réalité, je crois que je ne réfléchis pas en termes de genre… J’aimerais entre autres me frotter au thème de la normalité, qui me fascine (et ses corollaires, comme la maladie mentale par exemple), ou au thème du pouvoir. Et pourquoi pas à celui de l’amour car, c’est bien connu, il est éternel
… Comment envisages-tu ton avenir dans la bd ? Je ne fais pas de plan de carrière particulier… Il y a juste l’envie de travailler avec ce medium si passionnant. Comme je le disais plus haut, j’aimerais écrire et réaliser des histoires en tant qu’auteur complet, mais en même temps je souhaiterais aussi continuer à collaborer avec d’autres auteurs, car cela est hautement enrichissant, et de la rencontre naît de nouvelles choses. Cela dépendra en partie des opportunités, bien sûr. Il y a tant à apprendre et tant à faire… Je vais donc simplement essayer de faire les livres qui m’intéressent, de bien les faire, et de faire partager cet intérêt aux lecteurs. !!Quelles sont les difficultés, et les joies, que te procure ta situation actuelle ? Au rayon difficultés liés au métier de dessinateur, il y a classiquement la question des revenus, et le fait qu’ils semblent très précaires aux yeux de pas mal de gens, comme par exemple les banquiers et les agents immobiliers… Ca peut compliquer des choses, comme louer un appartement, par exemple… Dans ce genre de situation, je suis loin du confort que me procurait mon métier précédent. Mais ce type de désagrément est largement compensé par la joie toute simple et l’excitation de me lever le matin pour faire quelque chose qui me plaît et qui me questionne. Même si ça peut paraître pompeux, l’impression de « faire oeuvre » (toute modeste soit-elle) est aussi satisfaisante. Il y a surtout cette sensation d’être au début de quelque chose, d’un chemin peut-être, qui est réellement enthousiasmante. !!Quel est le secret de la réussite, selon toi ? (ton dicton, ou ta devise..
Le secret est probablement qu’il n’y a pas de secret : travailler, écouter, se nourrir, rester curieux et disponible, avoir envie, être tenace… et encore travailler. (j’ai dit, travailler ?;) Merci Nicolas
Sur le ring avec Nicolas Brachet
Published: 15 mai 2008Posted in: Interviews

