Luko – Lé ZITATA

Luko – Lé ZITATA

Luko est ancien élève de l’atelier à distance, et ils toujours agréable de voir publier un projet dont on vu les premiers roughs ! et bien sur toutes nos félicitations pour la sortie de son album.

Tu as fait parti des 15 premiers lauréats du concours international Raymond Leblanc en 2007 et 2008, ce n’est donc pas ta première incursion en BD … Pourquoi ce média ?

J’aime autant dessiner que raconter, écrire… La BD permet le mélange de tout ça. Dans mes projets, je m’arrange toujours pour intégrer quelques uns de mes textes, puis je tente de les illustrer.

En fait, j’ai commencé à dessiner des BD à l’âge de onze ans, au départ avec un pote qui « scénarisait » les histoires, puis tout seul jusqu’à mes 20 ans. J’ai longtemps rêvé d’en faire mon métier, mais pour des raisons diverses, je suis passé à côté de ce rêve. du coup, j’avais fini par complètement laisser tomber le dessin pour m’intéresser à l’écriture, la musique et la vidéo. Je me suis remis à dessiner vers 30 ans, avec l’envie de faire de la BD, mais cette fois-ci, via une maison d’édition. Le concours Raymond Leblanc m’a permis de reprendre confiance en moi.

Quels sont les auteurs qui t’inspirent ?

Pour ne citer que ceux qui me plaisent en tant qu’auteurs complets, je dirais Seth, Frezzato et Steeve Cuzor, mais je suis particulièrement admiratif des récits de Frantz Duchazeau.

Tu es un ancien étudiant de Liconograf,  (sur le net). Que t’a apporté cet enseignement ?

Pour faire court, je dirais que j’y ai appris l’essentiel, c-à-d : aller à l’essentiel, rester limpide.

Pour faire long, j’y ai appris une myriade de choses en plus de 2 ans et demi. Les échanges avec les profs et avec les étudiants, m’ont énormément apporté, sur mon travail, le regard à porter dessus et sur celui des autres… Cet apport est énorme, beaucoup plus qu’on ne peut l’imaginer, vu que quelque part, on pourrait se dire que l’adhésion à l’atelier est une rencontre avec le virtuel… mais dans les faits, quand on fait le bilan après un certains laps de temps, tout ça est très concret, à tel point que quand j’ai arrêté, j’avais vraiment l’impression d’avoir quitté une école et ses élèves, sans pour autant les avoir tous rencontré. Ce fut une expérience vraiment riche. Quand je retourne sur le site de temps en temps, c’est avec pas mal de nostalgie, parfois de ne pas savoir ce que sont devenus ceux et celles de mon « époque ». Vraiment, j’en garde un excellent souvenir, je la conseille (l’école) à tous ceux qui ont la BD pour passion.

Tu es né à Fort de France, est ce la raison pour laquelle tu as voulu situer l’action principale en Martinique ?

Il y avait peu de production BD aux Antilles, les jeunes lisent Titeuf et des mangas, un peu de sf, mais aucun héros antillais à suivre dans des aventures extraordinaires. Ca m’a donné envie de mettre ma pierre à l’édifice, sans aucune prétention. S’il y avait beaucoup d’auteurs et de BD locales, je ne pense pas que j’aurais spécialement cherché à faire une BD antillaise.

Pourquoi avoir choisi Ibis Rouge, un éditeur particulièrement présent dans les DOMTOM. Est-ce la conséquence selon toi d’un désintérêt des éditeurs métropolitains pour les îles ?

Au départ j’avais conçu ce projet en créole martiniquais et guadeloupéen, je voulais en faire un support à l’apprentissage des deux créoles, j’avais donc déjà pensé à un éditeur local, et à Ibis Rouge particulièrement car j’aime beaucoup leur production en général. Puis j’ai fait une version française, pour toucher un public plus large, et effectivement, ça m’a permis de constater que les éditeurs métropolitains semblent plus attirés par des histoires de pirates, de trésors cachés, etc. La vie antillaise à l’heure d’aujourd’hui façon street life, ça ne les intéresse pas. Ibis Rouge a répondu ok assez rapidement, et a tenu à rester sur la version française, je n’y voyais finalement pas d’inconvénient, pour moi ça voulait dire que mon récit pourrait être lu par un plus grand nombre de personne, y compris aux Antilles. Le créole est encore aujourd’hui plus parlé que lu, mais peut-être qu’un jour, Lé Zitata seront intégralement traduit en créole, et tout le monde y trouvera son compte. Avec cette traduction française, Lé Zitata ont plutôt un accent de banlieusards que créole, du coup ça crée un petit décalage avec le monde des îles… Certains trouvent ça dommage, mais je doute que la qualité d’une BD se limite à la version linguistique. A mon sens, ça n’enlève rien à l’ambiance antillaise du récit.

Dans cette fiction, tu as voulu aborder des sujets profonds (exil, pauvreté, parcours initiatique …) sur un ton humoristique. Cette distance t’offre-t-elle plus de liberté pour traiter de ces thèmes ?

Effectivement, c’est comme ça que j’aborde la BD en général, pour moi c’est un peu comme au théâtre, le mélange comédie / tragédie permet aussi l’auto-dérision, puis la réflexion sur ce qui est raconté. Et je trouve qu’en abordant la BD de cette façon, ça permet aussi d’aider les plus jeunes à jeter un oeil par-dessus la barrière pour voir ce qu’il se passe dans le monde des adultes, et le dessin est cette courte-échelle qui leur permet de le faire. Pendant les dédicaces, je voyais des moins de douze ans dire à leur parent « je veux ça », en montrant l’album du doigt. Quand je vois ça, je considère que mon objectif est presque atteint, il faut ensuite convaincre les parents !

Le personnage principal est originaire de Guadeloupe et se déplace vers la Martinique. Tu fais aussi référence à Haïti… Est-ce une volonté de montrer les différences culturelles tout autant que les liens, des îles de la région, loin des clichés vus de métropole ?

Oui, j’aborde brièvement le problème des migrants, mais comme ce n’est pas le sujet de l’album, je n’ai pu que le survoler. Il y a beaucoup de choses à dire au sujet des échanges inter-îles, de ce que vivent les migrants et de la façon dont ils sont considérés par les pays d’accueil. On pourrait considérer qu’il y a une vraie fraternité, mais dans les faits, c’est moins évident.

Le rêve de Gary est de devenir comédien, la narration est parfois directement inspirée du théâtre (la première planche est d’ailleurs pensée comme l’ouverture d’une pièce de théâtre). Fais-tu un quelconque lien entre la narration BD et celle du théâtre ?

C’est surtout pour cet album que j’ai abordé la narration de cette façon, ça me semblait logique, vu que je parle d’un comédien, de piocher un peu dans l’écriture théâtrale, qui se prête bien à l’autodérision aussi. Tout dépend en fait de ce que m’inspire l’histoire que j’ai à raconter. Quand j’ai relu mon script de Premier Pas, j’ai décidé de faire le découpage dans ce sens-là, mais je n’ai pas de recette. D’ailleurs, je remets constamment mon travail en question, mon trait, ma façon de raconter… Le story-board des Zitata n’a plus grand-chose à voir avec l’album fini, pour ce qui est du découpage et parfois des textes. J’ai passé mon temps à réactualiser chaque case, et maintenant que Lé Zitata est en rayon, je planche sur un projet qui n’a absolument rien à voir avec celui dont on parle.

Tu es actuellement en dédicace en Martinique, comment l’album est-il accueilli ?

Plutôt bien pour un album autour duquel il y a peu de promo et dans un pays où finalement les gens lisent peu de BD. Ceux qui l’ont acheté l’ont fait surtout pour encourager la démarche,

vu qu’ils ne connaissaient pas vraiment l’histoire, ni l’auteur… Ils me rencontraient par hasard, en passant chez leur libraire. C’était vraiment sympa, j’ai beaucoup échangé avec eux.

Premier pas est le sous-titre de Lé Zitata, aurons nous l’occasion de suivre Gary dans d’autres aventures ? Travailles tu sur d’autres projets en ce moment ?

Oui, je travaille sur la suite des Zitata, et aussi sur un autre projet qui me tient à coeur, mais qui n’a rien à voir avec le style graphique des Zitata. J’ai constamment besoin d’aller me frotter à d’autres choses, à d’autres styles graphiques et d’autres types de narration.

Qui est Tony M. à qui tu dédies cet album ?

C’est un ami d’enfance qui nous a quitté à l’âge de 17 ans, atteint d’une leucémie. C’est avec lui que j’avais commencé à faire de la BD, je me suis toujours dit que je lui dédicacerais mon premier album. Mais l’histoire des Zitata est sans rapport avec Tony.

Lé Zitata – Premier pas – LUKO

Scénario, dessin et couleurs : Luko – Ed. Ibis Rouge – 2011

Résumé : Gary, un jeune Guadeloupéen, rêve de devenir un grand acteur de théâtre. Ses proches ne le soutenant guère, il décide de fuguer pour rejoindre la Martinique : là-bas, on organise un casting de comédiens, pour une tournée dans la Caraïbe.

Blog de luko : http://lezitata.blogspot.com/